L’été venait de commencer quand je partis chercher les fées sur la côte atlantique. Je ne crois pas à leur existence. Aucune fille-libellule ne volette en tutu au-dessus des fontaines. C’est dommage : les yeux de l’homme moderne ne captent plus de fantasmagories. Au XIIe siècle, le moindre pâtre cheminait au milieu des fantômes. On vivait dans les visions. Un Belge pâle (et très oublié), Maeterlinck, avait dit : « C’est bien curieux les hommes… Depuis la mort des fées, ils n’y voient plus du tout et ne s’en doutent point. »
Le mot fée signifie autre chose. C’est une qualité du réel révélée par une disposition du regard. Il y a une façon d’attraper le monde et d’y déceler le miracle de l’immémorial et de la perfection. Le reflet revenu du soleil sur la mer, le froissement du vent dans les feuilles d’un hêtre, le sang sur la neige et la rosée perlant sur une fourrure de mustélidé : là sont les fées.
Elles apparaissent parce qu’on regarde la nature avec déférence. Soudain, un signal. La beauté d’une forme éclate. Je donne le nom de fée à ce jaillissement.
Les promontoires de la Galice, de la Bretagne, de la Cornouailles, du pays de Galles, de l’île de Man, de l’Irlande et de l’Écosse dessinaient un arc. Par voie de mer j’allais relier les miettes de ce déchiquètement. En équilibre sur cette courbe, on était certain de capter le surgissement du merveilleux.
Puisque la nuit était tombée sur ce monde de machines et de banquiers, je me donnais trois mois pour essayer d’y voir. Je partais. Avec les fées.
Ruby, jeune Aborigène et unique survivante du massacre de son clan, erre seule dans le bush ne se fiant qu’à la nature et à son instinct. Quand son chemin croise celui de Jack, un trappeur irlandais, les deux êtres solitaires s’apprivoisent dans l’environnement raciste et violent de l’Australie du dix-neuvième siècle. Ali Cobby Eckermann tisse son intrigue avec élégance, oscille entre tendresse et violence, et entretient un suspense haletant entre le désir amoureux et le tourment de la peur.
Roman phénomène couronné de nombreux prix, traduit en plusieurs langues, ruby moonlight est éblouissant de justesse. Ses images, fortes et évocatrices sont inoubliables.
« Un récit en vers libres au minimalisme envoûtant, convaincant et déchirant »
Il faut lire ce texte d’une originalité et d’une poésie absolues, que Sôseki appelait son roman-haïku.
Au printemps, un jeune artiste décide de se retirer dans la montagne, loin des passions et de l’agitation de la cité, rencontre une jeune femme malicieuse et fantasque, rêve de peindre le tableau qui exprimerait enfin son idéal et ne réussit qu’à aligner poème sur poème !
Dans ce manifeste poétique et esthétique, profond, piquant, passionné, indigné, éblouissant, Sôseki approfondit sa méditation sur la création et la place de l’artiste dans la société moderne.
« Je ne crois pas qu’un tel roman ait déjà existé en Occident. Il ouvrira de nouveaux horizons à la littérature », prédisait Sôseki en l’écrivant.
Les délicates peintures qui l’accompagnent sont issues d’une édition de 1926 en trois rouleaux, où figurait aussi le texte entièrement calligraphié.
Ce classique de la littérature de l'enfance a été écrit par un très jeune homme pour qui le souvenir n'est pas lié à la nostalgie, à l'attendrissement poétique, mais qui voit dans l'écriture le seul moyen de se libérer de ses chaînes et d'aborder l'âge d'homme.
D'où le ton si particulier de ce livre, sa tension, son étrange et presque aveuglante vérité, son parfum de fraises sauvages. Enfance, adolescence, jeunesse est aussi un des tableaux les plus évocateurs qu'un écrivain nous ait laissés de la Russie du XIXe siècle : la campagne et la vie urbaine, Iasnaïa Poliana et les tavernes de Moscou, les nourrices, les précepteurs, les étudiants, les princes, les bals, le jeu, les maîtres et les esclaves.
Il faut d'abord imaginer ce Grand Nord de la Chine aux si longs hivers, les fleurs de givre sur les vitres et l'explosion vitale des étés trop brefs.
Puis Xiao'e, une jeune fille modeste, pas spécialement belle, dit-elle, pour qui la vie n'a jamais été tendre. Et puis Léna aux yeux gris-bleu et au mode de vie raffiné, qui joue du piano et prie en hébreu, dont le visage exprime une solitude infinie.
Xiao'e rencontre donc Léna, une vieille dame juive dont la famille s'est réfugiée à Harbin après la révolution d'Octobre. Tout semble les opposer, pourtant on découvrira qu'un terrible secret les lie.
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C’est l’histoire d’une fille qui n’est pas d’accord avec l’ordre social.
Nos visages sont-ils des images, des devantures ?
Notre attention est-elle devenue une propriété, comme les terrains ?
Est-ce que quelque chose s’est cassé en nous ?De l’enfance à l’écriture, en passant par un bar mystérieux, une maison abandonnée, un immeuble rempli de sectes, ou le sommet d’une montagne, la narratrice nous entraîne dans une odyssée parsemée de miroirs homériques, de chants d’aèdes qui nous montrent le livre en train de se faire. Les Forces reprend et détourne les motifs du roman d’apprentissage.
Alternant le prosaïque et le théorique en un éclair, le livre se déploie dans une narration allant du tragique au comique. Nous vivons le parcours initiatique et politique de la narratrice. L’ensemble est porté par une nature perçue comme un flux incessant, une énergie vitale, dont chaque élément peut contenir la totalité. On pense à Fiodor Dostoïevski, à Samuel Beckett, à Simone Weil également dans son approche de la force.
Un roman cardinal dans l’œuvre de Laura Vazquez.
Du rêve à la chute. Deux incroyables destins. Deux combats pour la liberté. Deux histoires secrètes. Deux descentes aux enfers. Elle, agent de charme pour la France libre et reine du music-hall. Lui, empereur puis artiste. Tous deux châtelains en Périgord. Reliés par le fil d'un amour impossible. Quand elle découvre qu'un empereur asiatique est enterré dans son village, la romancière Virginie Jouany mène l'enquête pour révéler un pan méconnu de notre Histoire, avec pour héroïne la mythique Joséphine Baker.
Qu'il suive le fil d'Ariane sur les traces du Minotaure pour évoquer Oran et ses alentours, qu'il revisite le mythe de Prométhée à la lumière de la violence du monde moderne, ou qu'il rêve à la beauté d'Hélène et de la Grèce, Albert Camus nous entraîne tout autour de la Méditerranée et de ses légendes.
Un court recueil de textes lyriques et passionnés pour voyager de l'Algérie à la Grèce en passant par la Provence.
Entre les murs de liège de son appartement du boulevard Haussmann, un dandy maladif, dont personne ne soupçonnait le génie, crée un monument romanesque qui allait dominer la littérature française. Explorant les méandres infinis de la mémoire, à partir de précieuses sensations retrouvées, il ressuscite une société défunte à travers le prisme de l'intelligence, du comique et de la poésie. Aujourd'hui, Swann, Combray, Balbec, Guermantes, Bergotte ou le terrible Charlus sont devenus les figures tutélaires d'une religion universelle. Conscient de la puissance de son œuvre, Marcel Proust prolonge celle de Balzac et réinvente les Mille et Une nuits de l'Occident.
Lire À la recherche du temps perdu, c'est vivre une seconde vie, c'est entrer dans une féérie où le temps et l'espace se confondent et renouvellent le miracle d'un éternel présent.
« Les phalènes que l’on voit voler dans la lumière du jour sont improprement appelées phalènes ; jamais elles ne font naître cette sensation de bien-être venue des nuits d’automne profondes et du lierre en fleur, sensation que le plus ordinaire des papillons de nuit, dormant dans l’ombre du rideau avec ses ailes doublées de fauve, éveille immanquablement en nous. »
Comment caractériser les six étranges nouvelles qui composent ce recueil : récits, poèmes en prose ? Fables hybrides où le rêve est une façon d’explorer la réalité, ils comptent indubitablement parmi les plus remarquables des textes courts que Virginia Woolf ait écrits. Elle publia cinq d’entre eux de son vivant, dans l’unique recueil qu’elle ait choisi de faire paraître. Le sixième, La Mort de la phalène, terrible et merveilleuse parabole sur la beauté, la fragilité et l’inutilité de toute vie, parut un an après son décès.
Qu’est-ce qui rapproche un pirate de la mer du Nord, mort il y a 600 ans, un militant qui attend le 31 mars l’éclosion des roses d’Atacama, un instituteur exilé qui rêve de son école et s’éveille avec de la craie sur les doigts, un Italien arrivé au Chili par erreur, marié par erreur, heureux à cause d’une autre énorme erreur et qui revendique le droit de se tromper, un Bengali qui aime les bateaux et les amène au chantier où ils seront détruits en leur racontant les beautés des mers qu’ils ont sillonnées? Peut-être cette frontière fragile qui sépare les héros de l’Histoire des inconnus dont les noms resteront dans l’ombre. Leurs pas se croisent dans les pages de ce livre. Voici, riche d’une humanité palpable, dans un style direct et incisif, toutes ces vies recueillies par un voyageur exceptionnel, capable de transformer la tendresse des hommes en littérature.
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Ecrit en 1802, « A pied sur le Tôkaidô », le plus célèbre roman japonais de l’époque Edo, est un guide burlesque, de la grande route du Tôkaidô, d’Edo à Ôsaka par Kyôto, un récit de voyage picaresque, un roman d’aventures scabreuses et pittoresques. Chemin faisant, les 53 stations du Tôkaidô (illustré par le peintre Hiroshige) défilent avec leur population grouillante d’aubergistes, de samouraïs, de filles, de voyageurs… Un des grands classiques de la littérature japonaise, un témoignage irremplaçable sur le Japon du XIXe siècle.
À Mumbai, tout le monde sait que la Tour A de la société coopérative immobilière Vishram est un immeuble de bonne qualité, absolument, irrévocablement de bonne qualité… Et ce depuis cinquante ans qu’il existe, malgré les bidonvilles qui l’environnent et la proximité de l’aéroport. Mais la ville a changé en un demi-siècle, et pas seulement de nom. Bombay, devenue Mumbai, est aujourd’hui une ville vouée au développement et à l’argent, où ceux qui ont fait fortune à l’étranger sont de retour. Et voilà qu’un promoteur plein d’ambition, Dharmen Shah, projette de construire en lieu et place de la Tour A un immeuble de grand luxe, qui nécessite bien sûr l’expropriation des copropriétaires actuels. Même s’il se montre très généreux envers eux, certains montrent de la réticence à partir. Et comme personne ne touchera rien tant que l’unanimité ne sera pas obtenue, la tension monte, les pressions s’intensifient. Bientôt un seul résiste encore, Masterji, un instituteur à la retraite autrefois respecté de tous, et contre lequel ses voisins et amis, aveuglés par la cupidité et la fausse promesse d’un avenir radieux, vont se liguer, prêts à tout pour empocher leur argent…
Un roman à suspense, dans un monde écartelé entre valeurs ancestrales et modernité où se confrontent l’argent, le luxe et la misère sociale. Bouleversements immobiliers, pratiques mafieuses des promoteurs, corruption généralisée, rêves illusoires de promotion sociale – Aravind Adiga décrit les désordres qui secouent la société indienne actuelle. À travers la destinée de personnages hauts en couleur se dessine le portrait sans concession d’une ville d’exception, Mumbai-Bombay, ville sans limites, où des gens ordinaires vont être poussés au bout des leurs…
Dans la Chine de Mao, savoir lire, c'est déjà faire partie des intellectuels. Et on ne badine pas avec les intellectuels : on les envoie se rééduquer dans les campagnes, travailler dans des rizières ou dans des mines. C'est ce qui est arrivé au narrateur et à son ami Luo, si jeunes et déjà marqués du sceau infamant d'"ennemis du peuple". Pour ne pas sombrer, ils ont heureusement encore quelques histoires, quelques films à se raconter, mais cela fait bien peu. Jusqu'à ce que, par miracle, ils tombent sur un roman de Balzac : petit livre à lire en cachette, tellement dangereux, mais tellement magique, qui changera le cours de leur vie en leur ouvrant la porte de la fille du tailleur, en rendant possible ce qui ne l'aurait jamais été... Il fallait oser confronter le monde de Balzac et la Chine de Mao : Dai Sijie, réalisateur renommé qui vit en France, a réussi cet improbable pari et on lit avec enthousiasme et frénésie ce premier roman parfaitement maîtrisé. --Karla Manuele
"Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement. A l'intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts: à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans, suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoëvski, et quelques Anglais: Dickens, Kipling, Emily Brontë...
Quel éblouissement!
Il referma la valise et, posant une main dessus, comme un chrétien prêtant serment, il me déclara:
- Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde".
Au lendemain de la révolution d'Octobre 1917, le baron Ungern s'insurge contre le pouvoir soviétique. Il prend les armes, réunit des partisans, chasse la garnison chinoise d'Ourga, conquiert la Mongolie et s'avance vers Pékin, avec un seul but : reconstituer l'empire de Cengis Khan, quitte à torturer et à massacrer des milliers d'hommes.
Même parmi ceux qui l'ont côtoyé, peu le connaissent : est-ce un fou sanguinaire, un militaire ambitieux, un bouddhiste convaincu ou un aristocrate courtois ? Le "baron sanglant", personnage authentique et insaisissable, semble appartenir à la légende. Seul un romancier d'exception pouvait relater sa grandiose et dérisoire épopée. Vladimir Pozner en retrace les étapes sur un rythme étourdissant, avec cette écriture âpre et rapide qui assura au Mors aux dents - dès sa première publication, en 1937 - un succès qui ne devait pas se démentir.
"Le sabre perça l'air avec le bruit sec d'une corde d'arc, et un cri foudroyant remplit l'espace vide... Un énorme soleil rouge jaillit en flammes au-dessus du Higashiyama... Fasciné, vibrant de vie, Musashi le regardait monter... Son sang parut sur le point de jaillir de ses pores. On eût dit le diable même, surgi de l'enfer."Dans le Japon du XVIIe siècle, Miyamoto Musashi, jeune homme fougueux, n'aspire qu'à se battre. Recherché dans tout le pays, il est recueilli par un moine et n'a bientôt plus qu'un but : tendre à la perfection grâce aux arts martiaux. Son sabre sera désormais serviteur du bien. Il ira de combats en conquêtes à la recherche d'amour et de sagesse, épaulé par le chant de sa tendre Otsu. Un grand classique du récit initiatique qui marie amour, aventure et quête de soi.
"Soudain, il vit la vérité : les techniques de l'homme d'épée n'étaient pas son but ; il cherchait une Voie du sobre qui embrassât toute chose. (...) Pour Io première fois, il se demanda s'il était possible à un être humain insignifiant de ne foire qu'un avec l'univers." Le jeune Takezo est devenu Miyamoto Musashi, redoutable samouraï. Il sait maintenant que l'art du sabre ne s'acquiert qu'à force de sacrifices et de choix, qu'il est aussi art de la Vie. Sur les terres entourant le mont Fuji, la belle Otsu, le disciple Jotaro et l'enfant lori suivent les traces de Musashi : ceux qui le vénèrent doivent accepter, eux aussi, la rude discipline du samouraï. Affrontements, rencontres, épreuves et leçons : telle est la voie de la sagesse, l'unique voie menant à la parfaite lumière. Mais pour l'atteindre, Musashi doit engager l'ultime combat
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L'épopée de la dernière guerre de l'opium entre les Chinois et les Britanniques. Un mélange épicé à l'indienne de Victor Hugo et de Balzac.
L'Ibis, ancien transporteur d'esclaves reconverti en navire marchand, est au coeur de cette extraordinaire saga indienne. Parti de Baltimore, aux États-Unis, il rejoint Calcutta pour embarquer une cargaison de coolies attendue à l'île Maurice. Parmi eux Deeti, une paysanne ruinée par le commerce de l'opium tenu par les Anglais et qui accule les paysans indiens à la misère ; Kuala, son amoureux, qui l'a sauvée du bûcher funéraire sur lequel elle avait décidé de mourir ; Paulette Lambert, une jeune Française qui se fait passer pour indienne afin d'échapper au mariage sordide auquel l'a condamnée son tuteur ; enfin Jodu, son frère de lait, un jeune Indien, qui s'est engagé comme mousse sur l'Ibis, mais ignore la présence de Paulette parmi les coolies, à l'instar de Zachary Reid, le commandant en second, un Noir qui a tout l'air d'un Blanc et qui risquerait sa carrière si cela venait à se savoir. Dans les flancs de l'Ibis sont également enfermés deux prisonniers condamnés à l'exil : Neel Rattan, un raja trahi par son créditeur anglais, et Ah Fatt, un métis de Chinois et d'Indien, opiomane. Sur le pont, Baboo Nob Kissin est chargé de la surveillance générale. Convaincu que sa sainte tante, qu'il a aimée par-dessus tout, va se réincarner en lui, il se laisse envahir par la pitié et vient en aide aux prisonniers. Tous ces individus aux parcours et aux caractères si dissemblables, seront unis par le périple, un voyage au cours duquel chacun tentera de faire basculer son destin. Il leur faudra pour cela survivre à la rage de l'océan Indien, aux privations, aux maladies, aux révoltes et affronter la cruauté extrême du commandant en second et de son âme damnée.
Canton, XIXe siècle. Un bouillonnement de langues, de peuples et de cultures. Commerçants chinois en robe de soie et longue natte dans le dos, Britanniques compassés de la Compagnie des Indes orientales, marchands américains aux manières décontractées, Indiens empesés sous leurs brocarts… tous n’adorent qu’un dieu : l’argent. Fanqui Town, enclave au cœur de Canton, réservée aux étrangers et interdite aux femmes, est gouvernée par deux lois principales : celle du libre-échange et celle de l’opium. Pour le reste, ce microcosme cultive les amitiés particulières et s’amuse dans des bals exclusivement masculins. Mais, en cette année 1839, l’empereur de Chine décide d’éradiquer l’opium de son territoire. Il exige la destruction de tous les stocks de Canton. Que vont-ils devenir s’ils acceptent de se plier à d’autres règles que celles du commerce ? La ruine les guette. Et pour Bahram Modi, un marchand parsi originaire de Bombay, le déshonneur devrait s’ajouter à la ruine : il a hypothéqué tous ses biens et emprunté au-delà du raisonnable pour acheter une énorme quantité d’opium. Et quel sort attend son secrétaire particulier, Neel, un raja déchu après avoir été accusé à tort de faux en écriture ? Ou bien Robin, un peintre homosexuel qui croit avoir trouvé l’amour à Canton ? Paulette, une jeune orpheline française née en Inde, et son employeur, un célèbre botaniste anglais, vont-ils devoir renoncer à découvrir la plante inconnue dont ils possèdent une rare peinture ? C’est la révolution dans Fanqui Town. Les équilibres savamment entretenus volent en éclats. L’arrogance, la cupidité et le racisme enflamment la situation. La réponse des forces chinoises est radicale : une exécution en place publique, et l’armée partout dans la ville. Les tonnes d’opium sont saisies. Réduites en une boue noire, malodorante, elles sont déversées dans le fleuve. La Grande-Bretagne crie au scandale, les rumeurs sur une guerre prochaine se propagent.
1839. L'empereur de Chine décrète le blocus de l'importation d'opium. Les entrepôts des négociants anglais, indiens et américains sont fermés et leurs stocks brûlés. La flotte britannique s'arme, quitte l'Inde et fait voile vers Canton. Dans le tourbillon soulevé par la guerre, Zachary, Noir américain qui se fait passer pour un Blanc, Catherine, grande bourgeoise frustrée, Kesri, soldat indien, et Shireen, veuve parsie, voient leurs secrets trahis et leurs certitudes bouleversées. Mais tous découvrent ce qu'ils veulent vraiment et s'inventent un avenir. Et tous sont touchés par le drame qui se prépare : la victoire de l'Empire britannique qui scellera l'effondrement de leur monde. Dernier opus de la splendide " Trilogie de l'Ibis ", Un déluge de feu est un mélange épicé de Victor Hugo et de Balzac.
Au chevet de son père mourant, Atara recueille les propos confus de cet homme qui l'a élevée avec sévérité. Il l'appelle Rachel, du nom de sa mystérieuse première épouse, s'adresse à elle par une vibrante déclaration d'amour. Troublée, Atara retrouve sa trace et réveille chez cette femme âgée un douloureux passé dans la lutte armée clandestine. Rachel n'a rien oublié de ces années de résistance contre les Anglais, avant la fondation de l'État d'Israël, et surtout pas le prénom de celle qui aujourd'hui se présente à elle. Mais de qui Atara porte-t-elle le nom ? La rencontre de ces deux femmes bouleversera de façon inattendue leur existence et liera à jamais leur destin. En sondant magistralement l'âme humaine, Zeruya Shalev montre comment l'histoire collective d'une société fracturée bouscule les liens privés. De sa plume délicate et précise, elle interroge la parentalité, le couple, mais aussi la culpabilité et les silences qui régissent nos vies.
Un fabricant d’éventails d’un vieux quartier de Tôkyô tient son journal d’avril?1945 à avril?1946. Une évocation passionnante du Japon sous l’occupation américaine, débordante d’humour et nourrie d’une foule de détails savoureux?: la débrouillardise, les combines du marché noir, les tracasseries administratives, la contestation… et les menées secrètes et rocambolesques de sept femmes, qui se consacrent espionnes pour contrecarrer les projets de l’occupant.
Inoue Hisachi disait que le moteur de sa création était son «?amour des êtres humains?». Cette empathie se reconnaît dans ce portrait vivant et chaleureux du peuple japonais qui, en dépit des privations, trouve sa délivrance dans la révolte et le rire.
Aussi originales et excentriques que soient les huit nouvelles réunies ici, toutes traitent de la condition humaine et du rapport entre les êtres avec une étonnante richesse et une audace sans pareille. On y découvre deux amies à l'époque de la Grande Dépression qui espèrent faire fortune dans l'Oregon en dépouillant les prospecteurs d'or et se retrouvent dans un chalet habité par des fantômes ; une jeune femme possédée par l'esprit d'un arbre depuis sa visite d'un grand parc national, et une autre réputée pour son utilisation de l'écholocation, à la manière des chauves-souris, dans une Floride futuriste engloutie par les eaux ; ou encore un veuf installé au Nebraska qui a consacré sa vie à l'élevage de tornades jusqu'à ce que l'une d'elles blesse sa fille et qu'ilprenne sa retraite. On y fait même la connaissance du lévrier d'Emma Bovary ! Véritables trésors d'imagination et d'empathie, ces histoires nous entraînent à la lisière du réalisme magique et donnent à voir avec un oeil neuf, quasi prophétique, le monde qui est le nôtre ainsi que ses travers.
1921. Les guerres indiennes sont loin. Leurs survivants ont, pour la plupart, été parqués dans des réserves où ils végètent, misérables, abandonnés à leur sort. Une exception à cette règle : le peuple osage. Il s'est vu attribuer un territoire minéral aux confins de l'Oklahoma. Or ces rochers recouvrent le plus grand gisement de pétrole des États-Unis. Les Osages sont millionnaires, roulent en voitures de luxe, envoient leurs enfants dans les plus prestigieuses universités et se font servir par des domestiques blancs. Le monde à l'envers. Un jour, deux membres de la tribu disparaissent. Un corps est retrouvé, une balle dans la tête. Puis une femme meurt empoisonnée. Et une autre. Plus tard, une maison explose. Trois morts. Qui commet ces assassinats ? Qui a intérêt à terroriser les riches Osages ? Les premières enquêtes, locales, sont bâclées, elles piétinent. C'est pourquoi, après une nouvelle série noire, ce dossier brûlant est confié au BOI (Bureau of Investigation, qui deviendra le FBI en 1935). À sa tête, un très jeune homme. Son nom est Hoover, Edgar J. Hoover. Il veut deux choses. La première : faire toute la lumière sur cette sombre affaire, et il s'en donne les moyens, enquêteurs hors pair, méthodes rigoureuses de police scientifique, mise en fiche de la moindre information. La seconde : le pouvoir. Surtout le pouvoir. Et ce premier coup d'éclat va le lui offrir sur un plateau.
Dans une petite ville d’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au cœur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis –, connut un tel succès.
Mais comment ce roman est-il devenu un livre culte dans le monde entier ? C’est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde entier.
Quoyle est un raté : depuis son enfance, il supporte en silence insultes et humiliations. Lourd et lent, aussi bien physiquement qu'intellectuellement, il travaille pour un petit journal dans une banlieue lugubre de New York, écrire trois lignes sur le fait divers le plus anodin lui réclame plus d'efforts que de résultats. Sa femme, Petal Bear, le trompe et il le sait. Il supporte cet enfer jusqu'au jour où il quitte la maison en compagnie d'un autre paumé, photographe de son état, ayant vendu leurs deux filles à un pédophile. Pourtant, Quoyle pleure quand Petal meurt dans un accident de voiture. C'est alors qu'une vieille tante le convainc de changer de vie : ensemble, ils retournent au pays de leurs ancêtres, pêcheurs à Terre Neuve : la maison, la baraque familiale, en ruine, accrochée à un rocher et battue par les tempêtes, les attend à Cap Quoyle - en face du petit village de Patte-de-Grappin, à l'extrémité de l'Anse-du-Naufrage. Sur cette côte perdue, le journal local, L'Eider cancaneur, vivote de récits de viols et autres faits divers sordides. Quoyle se retrouve alors projeté dans sa propre histoire : il devient rédacteur de la rubrique « accidents de la route ». Il doit aussi recenser les mouvements de tous les bateaux dans le port. Perspective étrange pour quelqu'un qui ne sait pas nager, et a une peur bleue de la mer...
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From Annie Proulx, the Pulitzer Prize-winning author of The Shipping News and Brokeback Mountain, comes her masterwork: an epic, dazzling, violent, magnificently dramatic novel about the taking down of the world’s forests.
In the late seventeenth century two penniless young Frenchmen, René Sel and Charles Duquet, arrive in New France. Bound to a feudal lord, a “seigneur,” for three years in exchange for land, they become wood-cutters – barkskins. René suffers extraordinary hardship, oppressed by the forest he is charged with clearing. He is forced to marry a Mi’kmaw woman and their descendants live trapped between two inimical cultures. But Duquet, crafty and ruthless, runs away from the seigneur, becomes a fur trader, then sets up a timber business. Proulx tells the stories of the descendants of Sel and Duquet over three hundred years – their travels across North America, to Europe, China, and New Zealand, under stunningly brutal conditions; the revenge of rivals; accidents; pestilence; Indian attacks; and cultural annihilation. Over and over again, they seize what they can of a presumed infinite resource, leaving the modern-day characters face to face with possible ecological collapse.
Proulx’s inimitable genius is her creation of characters who are so vivid – in their greed, lust, vengefulness, or their simple compassion and hope – that we follow them with fierce attention. Annie Proulx is one of the most formidable and compelling American writers, and Barkskins is her greatest novel, a magnificent marriage of history and imagination.
Pedro Páramo - histoire d'un tyranneau de la province mexicaine, reconstituée bribe par bribe à travers les dires de tout un village de fantômes qui furent les victimes de sa domination - réussit le rare miracle d'être un témoignage d'une vérité saisissante sur le Mexique profond, et de rejoindre, par-delà le Pacifique, les plus anciennes histoires de l'Orient, peuplées de revenants.
Après la victoire de Franco, le docteur Guillermo García Medina continue de vivre à Madrid sous une fausse identité. Les papiers qui lui ont permis d'éviter le peloton d'exécution lui ont été fournis par son meilleur ami, Manuel Arroyo Benítez, un diplomate républicain à qui il a sauvé la vie en 1937.
En septembre 1946, Manuel revient d'exil avec une dangereuse mission : infiltrer une organisation clandestine d'évasion de criminels nazis, dirigée depuis le quartier d'Argüelles par Clara Stauffer, qui est à la fois allemande et espagnole, nazie et phalangiste. Alors que le docteur García se laisse recruter par Manuel, le nom d'un autre Espagnol croise le destin des deux amis. Adrián Gallardo Ortega, qui a eu son heure de gloire comme boxeur professionnel avant de s'enrôler dans la División Azul, survit péniblement en Allemagne.
Ce dernier ne sait pas encore que quelqu'un souhaite prendre son identité pour fuir dans l'Argentine de Perón.
Moscou, années 1930, le stalinisme est tout puissant, l’austérité ronge la vie et les âmes, les artistes sont devenus serviles et l’athéisme est proclamé par l’État. C’est dans ce contexte que le diable décide d’apparaître et de semer la pagaille bouleversant les notions de bien, de mal, de vrai, de faux, jusqu’à rendre fou ceux qu’il croise.
Chef-d’oeuvre de la littérature russe, «Le Maître et Marguerite» dénonce dans un rire féroce les pouvoirs autoritaires, les veules qui s’en accommodent, les artistes complaisants, l’absence imbécile de doute.
André Markowicz, qui en retraduisant les oeuvres de Fiodor Dostoïevski leur a rendu toute leur force, s’attaque à un monument littéraire et nous restitue sa cruauté première, son souffle romanesque, son universalité.
À Macondo, petit village isolé d’Amérique du Sud, l’illustre famille Buendia est condamnée à cent ans de solitude par la prophétie du gitan Melquiades…
Dans un tourbillon de révolutions, de guerres civiles, de fléaux et de destructions, elle vit une épopée mythique, à la saveur inoubliable, qui traverse les trois âges de la vie : naissance, vie et décadence…
Ce roman époustouflant est un chef-d’œuvre du XXe siècle.
« Ma mère était une créature féerique qui possédait le don de rendre beau le laid. Par la grâce de la langue française, je l’avais métamorphosée en alchimiste. C’était à ça que servaient les mots dans l’exil : combattre le réel et sauver ce qui restait de l’enchantement de l’enfance. »
Shirin a neuf ans quand elle s’installe à Paris avec ses parents, au lendemain de la révolution islamique en Iran, pour y retrouver sa famille maternelle. Dans cette tribu de réfugiés communistes, le quotidien n’a plus grand-chose à voir avec les fastes de Téhéran. Shirin découvre que les idéaux mentent et tuent ; elle tombe amoureuse d’un homme cynique ; s’inquiète de l’arrivée d’un petit frère œdipien et empoisonneur ; admire sa mère magicienne autant qu’elle la méprise de se laisser humilier par ses redoutables sœurs ; tente de comprendre l’effacement de son père… et se lie d’amitié avec une survivante de la Shoah pour qui seul le rire sauve de la folie des hommes.
Ce premier roman teinté de réalisme magique nous plonge au cœur d’une communauté fantasque, sous l’œil drôle, tendre, insolent et cocasse d’une Zazie persane qui, au lieu de céder aux passions nostalgiques, préfère suivre la voie que son désir lui dicte. L’exil oserait-il être heureux ?